Thérapie Brainspotting

Le Brainspotting est une thérapie récente, développée en 2003 par le Docteur David GRAND, psychothérapeute aux USA. C’est en pratiquant l’EMDR [1] qu’il remarqua les mouvements réflexes que faisait l’œil de sa patiente, patineuse artistique qui ne parvenait pas à exécuter une figure. En fixant une position oculaire, une foule de souvenirs perturbants lui sont parvenus à la conscience. C’est ainsi que fut découverte la thérapie Brainspotting qui a permis à cette patiente de résoudre son blocage en effectuant dès le lendemain la figure artistique.

Qu’est ce que la thérapie Brainspotting ?

Le Brainspotting permet des changements profonds et rapides en s’appuyant sur le fonctionnement du cerveau et la capacité d’auto-guérison du corps. Cette thérapie se fonde sur les apports de la neurobiologie interpersonnelle (Siegel, 2015) qui intègre les apports de disciplines scientifiques variées (la psychologie, la neurologie, la physiologie, l’anthropologie, la génétique, etc.).

Un Brainspot est une position oculaire liée à un sous système au sein du cerveau qui mémorise les expériences à un niveau sous-cortical, hors du champ de la conscience et du verbal.

Trois cerveaux sont distingués : 1) Le néocortex, le plus évolué dans le développement de l’Homme, est le cerveau rationnel, pensant. 2) Le cerveau limbique correspond aux sensations et émotions. 3) Le cerveau reptilien, le plus ancien, renvoie à notre nature animale. Il implique par exemple, les conduites de fuite, de combat et de figement (sidération) face à un danger (ex : agression, accident).

trois cerveaux

Nos expériences de vie sont mémorisées dans nos trois cerveaux sous plusieurs aspects : sensations internes (ex : viscérales) et externes (ex : odorat), images, émotions, comportements, pensées. Certaines pensées, sensations, émotions, comportements peuvent se déclencher automatiquement lorsque des aspects de l’expérience actuelle ressemblent à l’expérience initiale. La thérapie Brainspotting permet d’accéder au cerveau limbique et reptilien. Plus précisément, les mécanismes neurophysiologiques de guérison se produiraient au niveau de l’amygdale, de l’hippocampe ou du cortex orbito-frontal ou du système limbique (Corrigan, Grand, & Raju, 2015).

Comment se déroule une séance de Brainspotting ?

Le Brainspot est localisé à l’aide des positions oculaires et des réponses réflexives du patient. Focaliser son attention sur le Brainspot permet d’évacuer complètement les expériences et symptômes tenus dans le cerveau et dans le corps qui constituent le noyau de la souffrance. Au cours de la séance, le patient éprouve des sensations, émotions. Les techniques du Brainspotting permettent de les vivre à un degré qui ne dépasse pas sa fenêtre de tolérance. De cette manière, le corps peut assurer sa fonction naturelle de régulation. Le processus de guérison est profond, direct et puissant, tout en restant ciblé et contenant.

Indications

Le Brainspotting peut être indiquée lorsque l’on rencontre des difficultés personnelles et relationnelles qui freinent l’épanouissement (stress, angoisse, troubles du sommeil, alimentaires, addictifs, manque de confiance en soi, troubles de l’attachement, somatisations…), lorsque l’on a été confronté à un événement traumatique/perturbant qu’il est difficile de surmonter (accident, agression, maladie, deuil, séparation, échec…). Elle est particulièrement adaptée aux personnes en difficulté pour verbaliser leur souffrance car elle ne nécessite pas la mise en mots. Il n’y a pas de contre-indications relatives au Brainspotting dans la mesure où cette technique s’adapte à la tolérance du patient. Il peut être pratiqué avec les patients souffrants de troubles importants (troubles bipolaires, de la personnalité, du spectre autistique). Enfin, la thérapie Brainspotting est aussi préconisée pour renforcer ses ressources, améliorer ses performances et sa créativité.

Efficacité du Brainspotting

Une étude préliminaire a pu montrer l’efficacité du Brainspotting chez 22 sujets souffrant d’un état de stress post-traumatique (Hildebrand, Grand, & Stemmler, 2015) : les symptômes traumatiques, anxieux et dépressifs étaient réduits après trois sessions. Hildebrand, Grand et Stemmler (2017) ont récemment confirmé son efficacité qui était comparable à celle de l’EMDR. Dans leur étude, 53 patients ont reçu trois séances de Brainspotting et 23 autres de l’EMDR. Tous les patients rapportaient une diminution des symptômes traumatiques, anxieux et dépressifs. Il n’y avait pas de différence entre les deux groupes. De même, une enquête sur les interventions thérapeutiques auprès des survivants adultes de la fusillade à l’école primaire Sandy Hook en décembre 2012 a rapporté que l’efficacité du BSP était supérieure à toutes les autres thérapies (Bazuro et al., 2016).

Notes

[1] L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing – désensibilisation et reprogrammation par mouvements oculaires) est une thérapie découverte en 1995 par Shapiro (1995), validée et recommandée par de nombreuses instances, organisations et autres associations pour le traitement des traumatismes (Lopez & Sabouraud-Séguin, 2016).

Bibliographie

Bazuro, R., Clark, J., Cragin, K., Mattioli, C., Morris, R. R., Roberto, A., … Wruck, J. (2016). Report of Findings from the Community Survey September 2016. Retrieved February 26, 2017, from http://www.nshcf.org/wp-content/uploads/2016/09/2016-NSHCF-Community-Assessment-Report.pdf

Corrigan, F. M., Grand, D., & Raju, R. (2015). Brainspotting: Sustained attention, spinothalamic tracts, thalamocortical processing, and the healing of adaptive orientation truncated by traumatic experience. Medical Hypotheses, 84(4), 384–394. https://doi.org/10.1016/j.mehy.2015.01.028

Hildebrand, A., Grand, D., & Stemmler, M. (2015). A preliminary study of the efficacy of Brainspotting – a new therapy for the treatment of Posttraumatic Stress Disorder. Journal for Psychotraumatology , Psychotherapy Science and Psychological Medicine ., 1–20.

Hildebrand, A., Grand, D., & Stemmler, M. (2017). Brainspotting – the efficacy of a new therapy approach for the treatment of Posttraumatic Stress Disorder in comparison to Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Mediterranean Journal of Clinical Psychology, 5(1), 1–17.

Lopez, G., & Sabouraud-Séguin, A. (2016). La thérapie EMDR: principe, indication. In Traiter les psychotraumatismes. Paris: Dunod.

Shapiro, F. (1995). Eye movement desensitization and reprocessing :Basic principles, protocols, and procedures. New York: Guildford.

Siegel, D. J. (2015). Préface. In P. Ogden, K. Minton, & C. Pain (Eds.), Le trauma et le corps. Louvain-la-Neuve: De Boeck Supérieur.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑